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Difficile à croire vu l'ampleur des dégâts causés par son passage, mais Dina aurait pu se montrer encore plus dévastateur. Un ultime changement de trajectoire, six heures cap à l'ouest mardi en fin d'après-midi, nous a évité les vents maximaux qui sinon auraient frappé de plein fouet, notamment la ville du Port. Selon Météo France, dans ce cas de figure, la vitesse des vents aurait été supérieure de 50 km/h à ceux observés avec une force quadruplée..
“Si Dina était passée 25 km plus au sud lors de son passage au plus près de la Réunion, la vitesse des vents aurait été supérieure de 50 km/h à ce que nous avons observé”, analyse Philippe Caroff, chef prévisionniste à la station Météo France du Chaudron. En clair, notre île a eu beaucoup de chance. Si on se reporte aux valeurs de vent enregistrées, on s'aperçoit que l'on aurait pu flirter par endroits avec les 300 km/h. "Nous avons échappé aux vents les plus violents, confirme Philippe Caroff. La force du vent étant proportionnelle au carré de la vitesse lorsque cette dernière est multiplée par deux, la force est quadruplée".
C'est un ultime changement de trajectoire (Dina a mis cap à l'ouest pendant six heures) qui l'a éloigné de la Réunion. "Nous n'avons pas d'explication scientifique, indique Philippe Caroff, mais il est possible que l'approche de la Réunion modifie la trajectoire. Cela s'est déjà produit par le passé".
Retour en arrière. Mardi matin, la Réunion se réveille sous un ciel plombé. La veille, dans une tempête de ciel bleu, la menace Dina paraissait irréelle. Aujourd'hui, elle se précise. A 7 h, le cyclone tropical intense est à 215 km dans le nord-est de notre île et 80 km de Maurice. Il déplace vers l'ouest à 19 km/h.
Une heure plus tard le département bascule dans l'alerte rouge. Le danger se précise. Lentement mais surement, Dina se rapproche. A 10 h, le centre du phénomène se situe à 180 km dans le nord-est. La station Météo France du Chaudron commence à envisager un passage à moins de 150 km de la Réunion. A Saint-Pierre des rafales à plus de 100 km/h sont déjà enregistrées, 120 km/h à Gillot. Les pluies tombent abondamment sur le volcan et la Plaine-des-Cafres.
LA CÔTE OCCIDENTALE N'AVAIT PAS CONNU UN CYCLONE D'UNE TELLE INTENSITÉ DEPUIS 30 ANS
Le littoral ouest frappé de plein fouet
Après son passage remarqué dans l'Est mardi après-midi, c'est à la faveur de l'obscurité que Dina a semé la pagaille sur la façade occidentale de l'île. Sans doute attirée par le strass et la vie nocturne, c'est jusqu'au petit matin que l'impétueux s'est diverti dans la région Ouest, au grand dam des habitants. Dina a incontestablement fait d'énormes dommages matériels dans la région et le bilan humain n'est pas encore déterminé avec certitude même si fort heureusement, aucune victime n'est à déplorer. La pluviométrie exceptionnelle du phénomène ainsi que la durée de son passage en font un cyclone qui marquera indiscutablement les esprits. "Plus fort que celui de 48" a même déclaré Raymond Lauret, premier adjoint du Port. Les Hauts sont nettement moins touchés que le littoral, ce dernier ayant pris des allures de baignoire inondée. Les centres d'hébergement des différentes villes de l'Ouest ont accueilli environ un millier de réfugiés.
Saint-Paul :
l'Étang-Saint-Paul aura bénéficié du phénomène sur le plan environnemental : Dina l'ayant débarrassé des jacinthes d'eau qui minait le développement de sa faune depuis maintenant une dizaine d'années. De même, dans la ravine Saint-Gilles jouxtant le port de la cité balnéaire, Dina a effectué ce que la DDE a été incapable de réaliser en dépit des protestations des administrés : le nettoyage d'une ravine située sur un site hautement touristique et remplis d'immondices. Sur Saint-Paul, l'énorme proportion des zones exondables dans le schéma urbain s'est encore une fois traduit par des voies inondées où de nombreux moteurs se sont noyés hier matin. Le réveil a été difficile pour les Saint-Paulois même si les marmailles expriment toujours autant de gaieté et d'entrain à ramasser le matin venu, mangues et autre fruits des arbres abattus par le passage du cyclone.
Routes coupées : le réseau routier de l'Ouest aura passablement souffert du passage de Dina. Ainsi, en de nombreux endroits la RN1 était impraticable hier. C'était le cas au niveau du Cap la Houssaye. Plus loin, la traversée de la Saline était rendue impossible avec la présence de près de 60 cm d'eau sur la chaussée. À Saint-Leu aussi, la chaussée était impraticable.
Au centre de Saint-Paul, la Chaussée Royale était inondée en plusieurs endroits. Une situation identique entre le rond-point de Savannah et de Cora ; à la Grande Fontaine ... (voir photo ci-dessus).
Dans les hauts, de nombreux radiers étaient infranchissables, notamment celui du Bernica, de Saint-Gilles-les-Hauts, à Trois-Bassins sur la route Hubert-Delisle. Enfin, en plusieurs endroits, c'est la présence de galets, de branches ou encore de feuilles de tôle sur la chaussée qui rendait la circulation difficile voire impossible. Au port de la Pointe-des-Galets, deux remorqueurs ont assuré la stabilité d'un céréalier durant le passage du cyclone. Ce système d'amarrage peu commun a apparemment bien fonctionné.

Écrans noirs et nuit blanche
Mardi soir, coup dur pour les Réunionnais en mal d'infos : après Antenne Réunion ravagée par Dina, c'est RFO (télévision puis radio) qui se retrouvent paralysés suite à la chute d'un pylone qui a endommagé une parabole.
Nord : Saint-Denis meurtrie
Attendu avec une pointe d'angoisse, Dina a cogné dur avec des pointes enregistrées à près de 200 km/h dans les hauts du chef-lieu. Toitures envolées, voitures écrasées, routes inondées, la capitale de la Réunion s'est réveillée hier matin dans un triste état. La Bretagne, la Montagne et Bellepierre ont payé le plus lourd tribut. A Sainte-Marie, une quarantaine de personnes ont été évacuées. A Sainte-Suzanne, le front de mer a été complètement submergé par les vagues, obligeant les pompiers à fuir leur caserne.
Est : Salazie, encore une fois
Par le passé, la région Est a souvent souffert du passage des cyclones. Elle semble cette fois avoir échappé au pire. Salazie connaît toutefois une situation dramatique : routes, électricité et téléphone filaire coupés, une trentaine de toits arrachés au bas mot, tel était le premier bilan dressé hier soir. La Plaine-des-Palmistes a également souffert. Les autres communes ont été relativement épargnées.
Sud : le souvenir de Firinga
En dépit de ce qui a été dit par nombre de Réunionnais sur les ondes, force est de constater que Dina n'a pas été aussi dévastateur que Hyacinthe ou Firinga, les deux grands cyclones de ce dernier quart de siècle. Le fait le plus marquant a été le débordement de la rivière Langevin, qui a nécessité l'évacuation, parfaitement réussie, de plus de 200 personnes.
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